Essai · 2026-06-14
Ce qui est à vous et ce qui ne l'est pas
La plus ancienne parade contre le stress a deux mille ans et tient en une seule ligne : séparez ce qui dépend de vous de ce qui n'en dépend pas. Un regard pratique sur la dichotomie d'Épictète.
Il était une fois un esclave devenu philosophe, dont les leçons resurgissent encore dix-neuf siècles plus tard dans les manuels de management, souvent sans que les auteurs sachent vraiment qui ils citent. Il s'appelait Épictète, il était boiteux, et il a donné au monde une idée si simple qu'on la néglige presque. Et si puissante que, bien appliquée, elle dissipe la moitié de votre agitation quotidienne.
Cette idée s'appelle la dichotomie du contrôle, et elle dit ceci : certaines choses dépendent de nous, d'autres non. Dépendent de nous nos jugements, nos choix, notre effort, notre attitude. Ne dépendent pas de nous le résultat, l'opinion des autres, le temps qu'il fait, la circulation, le marché, notre corps à la longue, et finalement le destin lui-même. La souffrance, disait Épictète, ne naît pas des choses, mais de notre jugement sur les choses. Et surtout de l'erreur tenace de nous attacher à ce qui ne fut jamais nôtre.
Pourquoi ce n'est pas de la résignation
Le malentendu facile consiste à y voir une recette de passivité, hausser les épaules, ne plus rien tenter. C'est tout le contraire. En lâchant ce sur quoi vous n'avez aucune prise, toute votre énergie se libère pour le seul terrain où l'effort compte vraiment : votre propre action. Vous ne maîtrisez pas le fait de décrocher ce contrat ; vous maîtrisez bien la qualité de votre proposition. Vous ne maîtrisez pas la satisfaction d'un client ; vous maîtrisez bien le soin de votre travail et l'honnêteté de votre communication. Le stoïcien vise avec soin, puis accepte sereinement là où la flèche se plante. Car la visée était de lui, le vent ne l'était pas.
C'est là, à y bien réfléchir, exactement l'attitude du bon artisan et du bon entrepreneur. Vous faites de votre mieux ce qui dépend de vous, et vous ne perdez pas une nuit de sommeil pour ce qui vous échappe. Le meilleur vendeur n'est pas celui qui remporte chaque affaire, personne ne le peut. Mais celui qui ne se ronge pas pour les affaires qu'il n'a pu gagner, et qui reste ainsi affûté pour la suivante.
Le test pratique
Voici l'exercice, et il vous coûte trente secondes à chaque souci qui surgit. Demandez-vous : cela dépend-il de moi, oui ou non ? Si oui : cessez de ruminer et agissez. Si non : cessez de ruminer et lâchez prise, non parce que cela n'a pas d'importance, mais parce qu'aucune dose d'inquiétude n'y changera rien. Et la part difficile, honnête : la plupart des choses qui nous tiennent éveillés relèvent de la seconde catégorie. Nous souffrons avant tout de notre tentative de saisir ce qui ne se laisse pas saisir.
Une pensée à emporter : la prochaine fois que vous êtes tendu, nommez à voix haute une seule chose, dans cette situation, qui dépend bien de vous. Une action concrète, modeste. Faites-la. Le reste, c'est le temps qu'il fait, et jamais vous n'avez rien tiré du temps en vous en plaignant.
Le livre audio lié à cet essai
L'Empereur et l'Esclave
Le stoïcisme, à travers un empereur et un esclave : non pas quoi croire, mais comment agir, sous le pouvoir, le temps et l'adversité.
Audio en néerlandais
Écouter le livre audio →Plus d'essais comme celui-ci ?
De nouveaux essais et livres audio, de temps en temps dans votre boîte. Pas de bruit, désinscription à tout moment.